L’athlétisme chez les vétérans

Article de nouvelles / Le 9 janvier 2020

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Par le major Serge Faucher

Voici le premier article d’une série portant sur tous les aspects de l’entraînement et de la nutrition pour les vétérans qui se préparent à des épreuves d’athlétisme. Puisqu’il s’agit d’un sujet complexe qui peut facilement occuper des centaines de pages dans un livre, j’axerai le contenu des articles de la série sur une seule distance : le 400 m. Le 400 m est un « sprint », mais la majorité des principes que je présenterai s’appliquent à la plupart des distances et aux sports en général.

Un sport méconnu

Au cours des dix dernières années, mon frère, l’adjudant-chef Claude Faucher, de la 17e Escadre Winnipeg, et moi avons attiré l’attention des médias locaux en reportant des médailles dans le cadre de compétitions d’athlétisme provinciales, nationales et internationales dans la catégorie des « vétérans ». Les questions qu’on nous pose le plus souvent concernent l’entraînement, la nutrition et, plus généralement, le conditionnement physique.

Toutefois, la question la plus fréquente lorsque nous mentionnons la course est la suivante : « Courez-vous des marathons? »

Au Canada, il semblerait que le terme athlétisme soit utilisé pour désigner d’autres épreuves sportives, comme le cross-country, les marathons et la course sur route, plutôt que les épreuves sur piste uniquement. Ces questions m’ont poussé à me lancer dans la rédaction d’un ouvrage sur le sujet, que j’espère publier d’ici un an ou deux. Mon frère et moi avons tous les deux remarqué que, même s’il existe beaucoup d’information sur le sujet, les gens ne s’intéressent à ce sport qu’à l’arrivée des Jeux olympiques. Je veux présenter l’information aux lecteurs des Forces armées canadiennes (FAC) dans l’espoir de les intéresser à ce sport merveilleux. 

À la lumière des questions que je reçois toutes les semaines, il est évident que bon nombre de Canadiens ne savent même pas que l'athtlétisme comprend une catégorie « vétéran ». Nous ne faisons pas la manchette, ce qui n’aide pas, particulièrement si l’on tient compte du fait qu’il y a plus de 4 000 athlètes vétérans inscrits auprès d’Athlétisme Canada ou de l’une des organisations d’athlétisme provinciales.

Dans le cadre de ma série d’articles, vous en apprendrez davantage sur l’entraînement, l’entraînement croisé, l’entraînement aux poids, la récupération, les exercices de pliométrie, la gestion des blessures, la nutrition, la stratégie de course, et plus encore. Vous apprendrez également comment appliquer bon nombre de ces principes à votre sport et à votre programme d’entraînement. Bref, je vous transmettrai de l’information probablement nouvelle pour vous, car la plupart des livres portant sur la course à pied demeurent généraux. Ils donnent seulement la base et sont axés sur la course sur route, qui est un sport différent.

Qu’est-ce qu’un athlète vétéran? 

La question la plus importante est peut-être la suivante : « Qu’est-ce qu’un athlète vétéran en athlétisme? »

La catégorie « vétéran » varie d’un sport à l’autre, mais en athlétisme, elle est composée de personnes de 35 ans et plus. L’association World Masters Athletics (WMA) définit les groupes d’âge pour les hommes et les femmes par échelons de cinq ans. Par exemple, la catégorie F45 comprend les femmes âgées de 45 à 49 ans. La WMA a reçu le mandat de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF) de diriger le sport des vétérans (ou maîtres) et l’athlétisme à l’échelle mondiale.

Il n’est jamais trop tard pour commencer!

Karla Del Grande (dossard 468) fait partie de l’organisme Vétérans canadiens en athlétisme depuis 16 ans et court maintenant dans le groupe F65. Depuis qu’elle a commencé à s’adonner à la compétition, à l’âge de 49 ans, Karla a établi plusieurs records canadiens et en détient actuellement 24 dans le cadre d’épreuves individuelles et dix en course à relais. Elle a battu onze records de la WMA et en détient toujours huit. Elle a remporté 25 médailles d’or et cinq d’argent lors d’épreuves individuelles aux Championnats d’athlétisme intérieur et extérieur de la WMA. Dans sa catégorie d’âge, ses cotes atteignent habituellement plus de 100 p. cent, certaines s’élevant même à 105 p. cent. Les athlètes comme Karla sont une véritable source d’inspiration et nous incitent à poursuivre l’entraînement et à participer à des épreuves comme vétérans.

Comme bien d’autres, j’ai commencé à pratiquer ce sport relativement tard. Mon frère m’a encouragé à essayer l’athlétisme à l’âge de 45 ans, il y a dix ans. Comme il avait connu un certain succès dans les distances allant de 800 m à 5 000 m à l’adolescence et au début de sa vie adulte, il pensait que je pouvais moi aussi réussir, puisque nous partageons la même génétique. Alors, sans entraînement adéquat ni connaissance particulière de ce « nouveau sport », j’ai décidé de courir le 800 m à l’aréna Max Bell de Winnipeg, au Manitoba. J’ai franchi la ligne d’arrivée en 2 min 32 s; pas mal pour un débutant, mais beaucoup trop lent pour faire concurrence aux « jeunes » de l’université. J’ai peut-être fini bon dernier dans cette épreuve, mais j’ai été conquis et n’ai jamais regretté d'y avoir participé!

À la suite de cette première course, je me suis concentré sur le 800 m et le 1 500 m, car ces distances convenaient bien à un ancien coureur de cinq à dix kilomètres. Après avoir acquis un peu d’expérience, j’ai décidé de tenter ma chance au 400 m. Je n’étais absolument pas préparé à la rapidité du départ ni à la fureur associée à cette distance! J’ai toutefois beaucoup aimé l’expérience et attendu la prochaine épreuve avec impatience. L’outil de calcul de la catégorie d’âge, appelée « Age Grading Calculator », que j’ai découvert en ligne, m’a permis d’établir avec certitude que les épreuves de piste combinées de 400 m et de 800 m étaient celles qui me convenaient le mieux. L’analyse de mes performances à l’aide de cet outil m’a amené à modifier mon programme d’entraînement et à y ajouter l’amélioration de ma vitesse.

Après quelques années, j’ai dû recentrer mon attention, cette fois sur les courses de 200 m et de 400 m, car les résultats au 200 m dans ma catégorie d’âge étaient toujours meilleurs que ceux du 800 m. Ce changement m’a également permis d’améliorer ma vitesse au 400 m, qui est maintenant ma distance de prédilection. J’ai appris une chose : pour atteindre le niveau de performance le plus élevé, il faut porter son attention sur une seule distance et adapter son entraînement en conséquence. N’essayez pas de trop varier les distances; j’ai vu des athlètes qui courent autant le 400 m que le demi-marathon. Concentrez vos efforts si vous souhaitez atteindre votre niveau de performance le plus élevé. Dans mon cas, je m’entraîne en vue du 400 m, mais je peux augmenter ma distance jusqu’à 600 m ou la diminuer à 200 m, tout en demeurant compétitif.

Les clés du succès comme athlète vétéran

Pour devenir un athlète vétéran accompli, vous devez posséder un mélange complexe d’aptitudes innées et acquises. Pour commencer, ce sont vos parents qui vous transmettent votre patrimoine génétique; vous n’y pouvez rien. Toutefois, bien que vous ne déteniez pas les attributs génétiques pour participer à des épreuves en piste, devriez-vous demeurer à l’écart et ne pas tenter votre chance? Pas du tout! En fait, il existe de très nombreux exemples d’athlètes qui ont réussi malgré les obstacles et réalisé de grandes choses, même s’ils étaient trop maigres, trop petits ou dotés d’un corps peu adapté au sport qu’ils pratiquaient.

Par exemple, alors que la plupart des meilleurs coureurs du 400 m mesurent plus de 1,82 m, certains athlètes de bien plus petite taille atteignent des sommets. Lors des finales des Championnats du monde des vétérans d’athlétisme de 2016 à Perth, en Australie, l’athlète allemand Meinert Moller, alors âgé de 50 ans, a couru l’épreuve en 53,58 secondes et l’Italien Francesco Dagostino a, pour sa part, terminé la course en 53,99 secondes. Meinert mesure, au mieux, 1,73 m, et Francesco ne dépasse pas 1,63 m! Ils ont respectivement terminé troisième et quatrième. Je me trouvais juste derrière eux, me classant cinquième dans cette épreuve, alors que je mesure 1,80 m.

Le fonctionnement du calculateur de catégorie d’âge

J’ai mentionné le calculateur de catégorie d’âge plus haut, en indiquant qu’il s’agit d’un bon outil pour établir si une distance en particulier vous convient. Pour déterminer la catégorie d’âge, le calculateur a recours à des tableaux comprenant des facteurs liés à l’âge et des normes relatives à l’âge afin de mettre tous les coureurs sur un pied d’égalité, quel que soit leur âge ou leur sexe. Plus particulièrement, les performances figurant dans ces tableaux peuvent être modifiées, peu importe l’âge du coureur, pour indiquer celles qui auraient été réalisées dans les meilleures années de l’athlète, permettant ainsi des comparaisons valables entre les personnes, à des âges différents.

Plus de 100 p. cent = record mondial

Plus de 90 p. cent = niveau mondial

Plus de 80 p. cent = niveau national 

Plus de 70 p. cent = niveau régional

J’encourage habituellement les débutants à entrer différentes distances dans l’outil pour voir où ils font bonne figure, ce qui peut se révéler très utile pour déterminer la meilleure distance pour eux. Mon frère, Claude, arbitre en chef du programme de course des FAC, a réussi à mettre en œuvre l’approche des pourcentages relative aux groupes d’âge de la WMA (fondée sur l’outil de calcul de la catégorie d’âge) pour les courses sur piste des Championnats nationaux des FAC, ce qui a permis de rehausser les anciennes normes de qualification tout en assurant l’impartialité et la parité à tous les coureurs des différentes distances, sans discrimination relative au sexe.

Pas le bon bagage génétique? Pas de problème!

À l’adolescence, mon frère et moi n’avons jamais participé à des championnats nationaux canadiens, car nous n’avions pas accès à un bon entraînement et à du soutien. De plus, nous n’avions probablement pas les dispositions génétiques pour atteindre les niveaux les plus élevés. Nous nous entraînions à notre manière, ce qui consistait essentiellement à sortir et à courir. Ma compréhension de la course était très rudimentaire. Je ne connaissais pas les différents types d’entraînement ni les systèmes énergétiques que les athlètes doivent développer, ce que j’ai découvert au début de la vingtaine.

Au fil des ans, des recherches personnelles nous ont permis d’en apprendre beaucoup; nous avons tous les deux réussi à combler le fossé nous séparant des meilleurs sprinteurs et coureurs de moyenne distance du monde, dans le cadre de nos épreuves respectives. Si certains ont du talent à revendre, comme l’athlète olympique Paul Osland, et sont essentiellement plus doués que le reste d’entre nous sur le plan génétique, mon frère et moi réduisons l’écart au moyen d’un entraînement discipliné, d’une bonne alimentation, d’une excellente condition physique générale, de l’attention aux détails et de ce qui est, à mon avis, l’élément le plus important, la motivation.

Si vous voulez réaliser de grandes choses, vous devez être disposé à en payer le prix chaque fois que vous mettez le pied au gymnase ou sur la piste.

Je me réjouis à la perspective de vous en apprendre davantage dans les mois à venir, en commençant par un aperçu des éléments fondamentaux de l’entraînement et de l’entraînement croisé en vue d’épreuves comme le 400 m et le 800 m.


 

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