La FOA en Roumanie se concentre sur l’entraînement, mais demeure très vigilante

Article de nouvelles / Le 15 novembre 2017

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Par Chris Thatcher

« Aucune action nécessaire », dit une voix, quelques instants avant que ne retentisse une alerte de réaction rapide dans le quartier général de la force opérationnelle aérienne (FOA) en Roumanie. Il ne s’agit que d’un essai du système d’alerte, mais ce son strident n’en rappelle pas moins la mission de l’Aviation royale canadienne (ARC) en Europe de l’Est.

Un autre jour, quelques-uns des quatre CF‑188 Hornet canadiens pourraient décoller immédiatement pour accompagner les MiG‑21 Lancer roumains lors d’une mission de police aérienne dans l’espace aérien souverain du pays.

Déployée à la fin du mois d’août 2017 à la base aérienne Mihail Kogalniceanu, près de Constanta, la FOA a pris le relais de la Royal Air Force britannique pour appuyer la mission de police aérienne renforcée de l’OTAN. La mission de quatre mois s’inscrit dans le cadre de la participation du Canada aux mesures d’apaisement de l’OTAN dans la région, prises en réaction aux attaques russes en Ukraine, qui nécessitaient le renforcement de la force aérienne roumaine et l’élargissement de la capacité de dissuasion et de détection de l’OTAN.

Tout comme dans le cadre du rôle d’alerte que joue le NORAD au Canada, il faut que les aéronefs, le personnel navigant et l’équipe d’entretien soient toujours à l’affût, « surveillant constamment la situation et demeurant prêts à intervenir à tout moment », selon le lieutenant‑colonel Mark « Buk » Hickey, commandant de la FOA. « Les journées paraissent longues, mais nous procurent un grand sentiment de satisfaction, parce que nous savons que nous accomplissons notre mission et que nous venons en aide à nos alliés de l’OTAN. »

Le lieutenant-colonel Hickey a récemment assumé la fonction de commandant du 409e Escadron d’appui tactique; il dirige une force opérationnelle constituée de spécialistes de l’entretien et de personnel navigant d’un détachement de chasseurs de la 4e Escadre Cold Lake, en Alberta, et d’éléments de soutien, dont du personnel de protection des forces et du génie, venant de la 2e Escadre Bagotville, au Québec, et de l’ensemble de l’ARC.

La mission est à la fois nouvelle et familière. Le Canada a d’abord déployé des forces en Roumanie en 2014 et s’est de nouveau engagé à le faire en 2016. Toutefois, ces deux déploiements étaient plutôt axés sur un entraînement avec la force aérienne roumaine et sur l’interopérabilité avec les alliés en exercice dans la région. Ils ne comptaient pas l’aspect de la police aérienne. Assumer ce rôle en plus de l’entraînement demande beaucoup d’efforts, mais la FOA avait le sentiment d’y être bien préparée après avoir observé des aéronefs russes près de l’espace aérien du nord du Canada dans le cadre des opérations du NORAD.

« Avant même de nous y rendre, nous savions que nous allions être prêts à faire le travail », dit le lieutenant‑colonel Hickey, qui a déjà servi dans le 409e Escadron d’appui tactique en tant que capitaine et, plus récemment, comme officier chargé des opérations. « Nous avons abondamment survolé la région, ce qui nous a encore mieux préparés à toute rencontre éventuelle. »

Bien que les forces opérationnelles terrestres déployées en Pologne et en Ukraine aient vu beaucoup d’activités d’influence de la part de la Russie, principalement par l’entremise des médias sociaux et de pourriels, la FOA a évité toute ingérence. « Nous circulons quand nous le voulons dans les espaces aériens normaux », explique le lieutenant‑colonel Hickey. « Nous sommes toujours prêts à réagir et bien préparés, mais nous n’avons éprouvé aucune difficulté. »

Tactiques, techniques et procédures

Même si la priorité est désormais accordée à la mission de dissuasion, l’entraînement demeure au cœur des activités quotidiennes. Au cours de trois déploiements, l’ARC a établi des relations professionnelles et personnelles avec la force aérienne roumaine (FARo) qui ont favorisé de fréquentes discussions sur les tactiques, les techniques et les procédures. Presque tous les jours, le personnel navigant canadien et roumain s’exerce à des manœuvres de chasse élémentaires, à des manœuvres de combat aérien un contre un ou deux contre un, à des opérations offensives et défensives contre le potentiel aérien et à l’appui aérien rapproché.

La FOA s’entraîne à l'aide de MiG‑21 Lancer, mais aussi au moyen de quatre F‑16 Fighting Falcon portugais, surnommés Viper par les pilotes et basés à la 86e base aérienne, à Borcea, dans le cadre des opérations de l’OTAN, de même qu’avec des hélicoptères Black Hawk de la United States Army, le système aéroporté d’alerte et de contrôle de la United States Air Force, et des contrôleurs aériens tactiques interarmées de la United States Army et du United States Marine Corps.

« Les [déploiements] précédents m’ont facilité la tâche », dit le lieutenant‑colonel Hickey à propos des entraînements bilatéral et multilatéral. « Je suis arrivé alors que les Roumains s’attendaient déjà à ce niveau d’instruction. À vrai dire, la mission d’entraînement a probablement pris de l’ampleur. »

Jusqu’à maintenant, les forces aériennes n’ont pas effectué d’interdictions aériennes ou mené d’opérations d’emploi de la force à grande échelle, mais, selon le lieutenant-colonel Hickey, cette tendance pourrait changer à mesure que le personnel navigant s’acclimate. « J’aimerais que de plus en plus d’aéronefs participent aux missions pendant que nous travaillons à atteindre nos objectifs communs d’entraînement. »

« Il s’agit d’une occasion d’entraînement que je ne trouve pas au Canada », ajoute le militaire. « En Amérique du Nord, je peux voler à bord d’un [F‑15] Eagle ou d’un Viper à l’occasion, mais ici, avec tous ces alliés qui se trouvent si près, les occasions d’entraînement au combat aérien à bord de différents types d’aéronefs sont bien plus nombreuses qu’au pays. »

La mission pourrait également constituer une occasion pour les Roumains d’intégrer leur nouvelle flotte de chasseurs à réaction de quatrième génération. La FARo a récemment acquis les trois derniers F‑16 portugais de sa flotte de 12.

Au moment où le lieutenant‑colonel Hickey s’est adressé à Skies Magazine, l’entraînement de la FOA canadienne avec les Viper à la base aérienne de Borcea commençait tout juste, mais les pilotes s’échangeaient régulièrement de l’information sur des tactiques de vol et des données de Liaison 16, et discutaient de la vulnérabilité des aéronefs de quatrième génération aux dommages par corps étrangers. « Puisque nous avons acquis de l’expérience avec les aéronefs de quatrième génération, nous discutons de la façon dont ceux-ci se distinguent, sur le plan tactique, des MiG‑21 auxquels ils sont habitués », explique le lieutenant‑colonel Hickey. « Les gens qui m’ont précédé avaient déjà amorcé le processus; je continue simplement ce qu’elles ont entrepris. »

Pour la première fois, des contrôleurs aériens canadiens travaillent avec leurs homologues roumains au centre de détection et de contrôle de Bucarest, où ils examinent ensemble une même situation aérienne générale. « Il s’agit d’une occasion en or pour notre entraînement, puisqu’il est possible d’accomplir presque n’importe quel type de mission ici », poursuit le lieutenant-colonel Hickey. « Nous apprenons beaucoup grâce à eux, et cet apprentissage est mutuel. »

En ce qui concerne les CF‑188 Hornet, nous n’arrivons pas à expliquer pourquoi (à tel point que toute personne qui résoudrait l’énigme serait digne d’un prix Nobel, selon le lieutenant‑colonel Hickey), mais ces aéronefs ont toujours mieux fonctionné lors des opérations à l’étranger qu’au pays, et la Roumanie ne fait pas exception. Les techniciens d’aéronefs du 409e Escadron d’appui tactique veillent à ce que les aéronefs à réaction volent presque tous les jours. « Nos spécialistes de l’entretien sont incroyables. Leur habileté à réparer et à entretenir cet avion s’améliore avec les années puisqu’ils le connaissent de mieux en mieux. L’état de fonctionnement de nos appareils a été fantastique. »

Au fil des déploiements, le Canada, la Roumanie et les alliés de l’OTAN ont ajouté des installations et ont augmenté la capacité des bases aériennes roumaines afin que la présence de l’OTAN dans la région puisse s’appuyer sur des fondations plus solides. Toutefois, la réelle force de la mission réside dans la relation développée avec la FARo, selon le lieutenant‑colonel Hickey. « La confiance prend du temps à bâtir, et plus nous travaillons ensemble, plus nous nous comprenons et avons confiance en la capacité de l’autre de prendre de bonnes décisions professionnelles. [Les déploiements sont aujourd’hui] fondés sur une compréhension mutuelle de ce que nous cherchons à accomplir. »

Le présent article a d’abord paru dans le site Web de Skies Magazine le 27 octobre 2017. L’auteur et l’éditeur ont autorisé sa traduction et sa reproduction.

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