La Sonnerie aux morts, une pièce difficile pour les clairons

Article de nouvelles / Le 15 décembre 2017

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Par Jeff Gaye

Le point central d’une cérémonie du jour du Souvenir est le silence de deux minutes observé en l’honneur de ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie. Un clairon joue la « Sonnerie aux morts » pour signaler le début du silence puis le « Réveil » pour en indiquer la fin.

Pour les trompettistes, la « Sonnerie aux morts » n’est pas particulièrement difficile, du moins sur le plan technique. Toutefois, son importance et les conditions dans lesquelles elle est souvent jouée peuvent poser des difficultés particulières.

L’adjudant Bruno Godere, de la Musique centrale des Forces armées canadiennes, est un trompettiste accompli. Il a interprété des pièces extrêmement difficiles comme soliste et dans des ensembles, dans des concerts partout dans le monde. Il a accordé à ses responsabilités musicales dans le cadre de la cérémonie nationale du jour du Souvenir de cette année, à Ottawa, la même attention qu’il accorderait à un concert.

« Qu’il s’agisse d’une cérémonie du 11 novembre à Ottawa ou d’un rassemblement plus petit pour les funérailles d’un ancien combattant, la "Sonnerie aux morts" est toujours importante, affirme le musicien. Je commence à me préparer des jours à l’avance. Je répète toujours le morceau pour m’assurer de bien l’avoir en tête au moment de le jouer. »

Todd Farrell, bénévole civil de la Musique de la 4e Escadre Cold Lake, en Alberta, affirme que la situation très émouvante pose des difficultés particulières. « Le plus difficile, pour moi, c’est de jouer aux funérailles d’un ami ou d’un ancien combattant que je connais personnellement », dit-il. Même aux funérailles d’un étranger, le trompettiste n’est pas indifférent à l’émotion dans la salle, ce qui peut porter atteinte à son jeu.

« C’est un instrument à vent, explique M. Farrell, donc si votre gorge se noue un tant soit peu, on l’entendra dans le son qui sort de la corne. »

Toutefois, M. Farrell affirme que le facteur émotionnel peut mener à une prestation plus sentie. « Il faut respecter la tradition, mais la façon dont la pièce est écrite donne au musicien une certaine latitude. Je suis allé à des funérailles où la "Sonnerie aux morts" a été particulièrement bien jouée et a fait pleurer tout le monde. C’était incroyablement puissant. »

L’adjudant Godere est du même avis. Il affirme que les musiciens interprètent tous cette sonnerie différemment, mais « qu’il faut la jouer avec une humilité sobre. Cette pièce s’adresse aux anciens combattants et à leurs camarades morts au combat. J’essaie de conserver une certaine sensibilité. Un peu de tension et d’intensité. Cette sonnerie raconte une histoire à elle seule. »

Jouer à l’extérieur dans le froid pose une autre difficulté. L’air froid peut influer sur la hauteur tonale de l’instrument, l’humidité dans le souffle du joueur peut se condenser et même geler dans la corne, et les muscles faciaux du joueur peuvent se raidir. M. Farrell et l’adjudant Godere affirment que les musiciens ont des techniques pour atténuer les effets du froid, mais qu’il s’agit tout de même du pire ennemi du trompettiste.

« Le 11 novembre était particulièrement stressant en raison des personnalités de marque présentes, des foules nombreuses, des caméras, entre autres, dit l’adjudant Godere. Mais cette journée était surtout stressante en raison du froid. »

Dans le passé, la « Sonnerie aux morts » était l’une des nombreuses sonneries de clairon que les soldats devaient reconnaître au camp. À l’origine, elle servait à signaler la fin de l’inspection du camp par l’officier de service et la fin des heures de travail. On jouait le « Réveil » le matin pour réveiller les soldats.

Selon l’ordre cérémoniel établi, on joue la « Sonnerie aux morts », on observe un silence, puis on sonne le « Réveil ». Bien que cette suite n’ait pas de signification religieuse proprement dite, on peut néanmoins établir des parallèles entre elle et les enseignements chrétiens de la vie, de la mort et de la résurrection. Cette séquence complète la liturgie de la commémoration utilisée par les forces armées de la Grande-Bretagne et des pays du Commonwealth.

Tous les trompettistes des musiques militaires doivent s’attendre à jouer la « Sonnerie aux morts » au cours de leur carrière. On n’a pas besoin d’être un virtuose pour la jouer, mais il peut être difficile de bien l’interpréter. L’adjudant Godere affirme également que, peu importe l’occasion, on se doit de bien jouer cette pièce.

« Toute "Sonnerie aux morts" est importante », conclut le militaire.

L’article ci-dessus a d’abord paru dans le numéro du 14 novembre 2017 du journal de la 4e Escadre Cold Lake, en Alberta, The Courier.

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